La force invisible du communautaire

Nouvelle
20 ans du Centre communautaire des femmes actives de Saint-Henri

20 ans du Centre communautaire des femmes actives de Saint-Henri

« Je dis souvent aux femmes que je rencontre : viens juste faire un petit tour et tu verras si ça te tente de rester. Bien souvent, elles reviennent. Et ça change leur vie, tranquillement », raconte Alice Robertson, qui célèbre les 20 ans du Centre communautaire des femmes actives de Saint-Henri.

Alice avait envie de donner du sens à sa vie. Alors que ses enfants étaient devenus grands, elle est retournée aux études. Lors d’un atelier, elle a compris ce qu’elle voulait vraiment : « C’était d’aider, de me sentir utile. Je suis née ici, dans le quartier. J’y ai grandi et j’ai vu la force du communautaire. Tout le monde s’aidait, tout le monde se connaissait. J’ai voulu poursuivre ce que j’avais connu : la force de l’entraide. »

« Voyons donc, c’est pas possible! »

Alice n’a pourtant jamais baissé les bras. Elle croyait à son rêve, mais savait qu’elle aurait besoin d’aide. Elle a d’abord demandé à son amie Linda Lemaître d’embarquer dans le projet. Ensemble, elles ont obtenu un local dans un immeuble de l’OMHM, mais tout restait à construire.

Les cinq premières années, elles ont tout fait bénévolement. « On n’a pas lâché. On y a cru. Et surtout, il y a eu beaucoup de gens autour de nous qui ont cru en nous. Linda a le sens de l’organisation, elle s’occupe des chiffres, et moi j’apporte la créativité. On se complète encore, 20 ans plus tard. »

De 18 à 98 ans

En 20 ans, près de 450 activités ont été organisées. Les femmes sont restées et de nouvelles arrivent chaque année. Dîners, ateliers, cours, danse, lecture, artisanat, jardinage… Aujourd’hui, près d’une centaine de membres actives fréquentent le centre chaque jour.

Sauver des vies

Des histoires, il y en a eu des centaines. Des femmes qui se sont raccrochées, qui ont décidé de changer, de prendre leur place, de se redécouvrir. La force des liens humains créés ici est unique, essentielle.

À l’ère du numérique, on mesure, on calcule, on quantifie tout, mais ces transformations-là ne se comptent pas. Elles se vivent. Elles sont invisibles, mais bien réelles.

Alice marque une pause avant de poursuivre :
« Il y a une femme qui pensait qu’elle ne servait plus à rien. Ses enfants étaient partis, elle avait travaillé toute sa vie, et elle se retrouvait seule… Elle comptait les jours qui lui restaient. »

Un silence.

Puis, un jour, cette femme lui a glissé à l’oreille :
« Tu m’as sauvé la vie. Merci. »

C’est peut-être ça, au fond, la plus grande force de l’humain : créer des liens, redonner du sens, transformer une vie. Une force invisible qu’aucun ordinateur, aucun algorithme, aucun robot ne pourra jamais remplacer.

Merci Alice et Linda : vous avez bien fait d’y croire. En 20 ans, vous avez changé pour toujours le parcours de vie de centaines de femmes, il y a de quoi célébrer!